Interview de Juliette Saumande, autrice et traductrice !

L’occasion de revenir notamment sur la traduction de Ballade en mer, un de nos coups de cœur !

Mes Premières Lectures : Bonjour Juliette et merci de prendre la plume (ou le clavier) sur Mes Premières Lectures ! Pour commencer, pourriez-vous vous présenter ainsi que votre parcours pour nos lecteurs ?

Juliette Saumande : Merci d’être venue me chercher, Hermine ! Je suis auteure et traductrice jeunesse et je vis en Irlande où je passe le plus clair de mon temps à écrire, traduire, lire, recommander et réinventer des livres destinés aux petits, moyens et grands de moins de 18 ans.

Je bidouille des histoires depuis toute petite, quand je partais dans des aventures épiques avec mes doudous alignés sur mon lit, puis plus tard en réinventant Astérix à la sauce collégiennes superhéroïnes (c’est concept). Je publie depuis le début des années 2000, surtout en français, mais aussi en anglais.

J’ai fait un passage en édition jeunesse dans un vrai bureau avec collègues et machine à café, puis suis devenue free-lance occasionnelle quand je me suis installée à Dublin. Depuis, je nourris mon obsession pour la littérature jeunesse grâce à Children’s Books Ireland, pour qui je m’occupe des chroniques pour le magazine Inis et grâce à qui je suis devenue Book Doctor. Ces médecins garantis sans piqure sont des pros des livres pour enfants qu’on jette dans une fosse pleine de lecteurs en manque (« J’ai lu tout Harry Potter » « J’ai fini l’intégrale du Journal d’un dégonflé » etc.) et qui s’en sortent à coup de judicieuses recommandations.

Je m’occupe aussi pas mal en menant diverses animations en écoles et bibli, du genre ateliers d’écriture, ateliers bébés lecteurs et autres chasses au trésor poétiques.

Mes Premières Lectures : Pouvez-vous nous parler de votre activité d’autrice : vous publiez en français mais également en anglais si je ne me trompe pas ? Quelles sont vos dernières sorties ?

Juliette Saumande : C’est ça ! J’ai publié une quarantaine de titres, essentiellement en français : des tout-cartons, des albums, des romans (la série Agence Confettis chez Nathan, illustrée par Hélène Canac) et des documentaires, ainsi que quelques histoires pour la presse jeunesse. Mon dernier en date est un livre-jeux pour apprendre l’anglais à partir de 7 ans, En Voyage ! dans la collection In English, Please!

La dernière nouveauté, l’album « My Little Album of Dublin » chez O’Brien Press

J’ai aussi plusieurs titres en anglais. Chop-Chop, Mad Cap! un roman déjanté où il est question de disparition de boucher, de lapin et de claquettes (à partir de 9 ans). Disaster David, une réécriture assez libre d’un épisode d’une saga arménienne, publiée simultanément en anglais et en arménien par Zangak et illustré par Julie de Terssac. J’ai également écrit 18 histoires magico-aventuresques pour Lunii, regroupées sous le titre The Wanderly Tales. Enfin mon dernier bébé de papier est tout neuf : My Little Album of Dublin, un imagier bilingue (anglais/gaélique) de Dublin, illustré par Tarsila Krüse et publié par O’Brien Press. Tarsila est brésilienne, je suis française, et ça n’en finit pas d’épater les Irlandais !

Mes Premières Lectures : Vous êtes autrice mais également traductrice. Nous nous intéressons notamment à votre belle traduction de Ballade en mer, récemment publié chez La Martinière Jeunesse. Comment s’est passée cette traduction ? La brièveté du texte, de la place qui lui est accordé par l’image ainsi que la difficulté d’une écriture poétique (et de rimes) ont dû représenter un défi certain !

Couverture de l’album « Ballade en mer »

Juliette Saumande : Merci ! Et oui, dans le genre défi, on ne fait pas beaucoup mieux. Le premier challenge était la contrainte de temps (surprise, surprise), parce que l’album était produit en coédition et devait partir en impression avec ses petits camarades d’autres langues assez rapidement. Ensuite, les 144 mots du texte de Nina Laden nous ont donné pas mal de fil à retordre à l’éditrice et moi. Ce qui semble limpide et efficace en anglais, cette grammaire dépouillée et ce rythme lancinant des strophes de quatre vers de deux mots chacun, ne fonctionne tout simplement pas en français. Ça fait haché, incompréhensible et grotesque. Et c’est avant même de s’arracher les cheveux avec la question des rimes !

Il a donc fallu adapter et tâtonner : essayer une version sans rimes, mais plus longue, plus fluide, jouant sur les sonorités, rimes internes, assonances etc. Le hic, cette fois, c’était la maquette. Le texte était si bien intégré à l’illustration (tenant dans le corps d’une mouette en vol, par exemple, ou entre les tentacules d’un poulpe) que ma ‘version longue’ n’avait aucune chance de tenir sur certaines pages. Retour à la case départ donc, une fois, deux fois, trois fois…

Une fois le texte définitivement validé, j’ai aligné tous mes brouillons : huit ou neuf jets complets et assez différents les uns des autres. Ma table de cuisine n’était pas assez grande…

La fameuse table de cuisine…

Mes Premières Lectures : Quelles différences/similitudes voyez-vous entre ces deux « marchés » du livre, et également entre celui de la littérature britannique et celui de la littérature francophone ?

Juliette Saumande : Le marché anglophone a le sentiment de se suffire à lui-même, thank you very much. Les traductions sont rares vers l’anglais. Dommage de priver la jeunesse irlandaise, britannique, etc. de perspectives, mais aussi d’esthétiques « autres ». Cette altérité se ressent surtout au niveau de l’album où régulièrement des ouvrages continentaux (souvent francophones, d’ailleurs) défraient la chronique par leur approche frontale voire crue de certains sujets. En Irlande comme en Grande-Bretagne, l’album est presque exclusivement réservé aux petits de 0-4 ans and à leurs collègues de 5-7 ans. À partir de 8 ans, fini de rigoler, toutes ces images ça fait bébé.

Les sujets abordés sont plus restreints, et esthétiquement aussi, le style est plus limité. Hervé Tullet a fait l’effet d’une bombe avec Un Livre (Press Here) et a déclenché une vague d’ouvrages ‘interactifs’. Mais, comme il me le disait lors de son passage à Dublin il y a quelques années, aucune chance de trouver Turlututu dans nos librairies : Turlututu est « too much pour les Anglais » !

Cela dit, il y a des maisons d’éditions qui se démènent pour ouvrir les horizons de lecture de la jeunesse anglophone : le néozélandais Gecko, l’Irlandais Little Island ou encore les Britanniques Pushkin, Tate et Thames and Hudson, entre autres. La route est encore longue !

Mes Premières Lectures : Quels sont vos prochains projets ?

Juliette Saumande : J’ai l’ambitieux projet de finir l’année scolaire en un seul morceau et en ayant bouclé tout ce que je dois faire ! Mais côté traduction, j’ai travaillé sur une série de coffrets Montessori à destination des parents des tout-petits. Et côté écriture, je planche sur l’adaptation d’un de mes petits romans en BD (une grande première pour moi) et sur la révision d’un manuscrit de roman fantastique pour les 9-12 ans en anglais qui s’appelle pour l’instant Swann on the Bridge.

Sur quoi, j’y retourne ! Merci ! 😊

Pour suivre Juliette Saumande c’est par ici : FrançaisAnglais


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