Crédit photo : Sophie Bassouls

Rencontre avec Arnaud Friedmann pour son roman « Le Trésor de Sunthy »

Un roman sensible et pertinent à découvrir chez Lucca éditions !

Mes Premières Lectures : Bonjour Arnaud et merci de prendre la plume et le clavier sur Mes Premières Lectures ! Pour commencer, pourriez-vous vous présenter ainsi que votre parcours pour nos lecteurs ?

Arnaud Friedmann : Bonjour Hermine ! Je suis né en juillet 1973, à Besançon, ville où j’ai fait toutes mes études (une prépa littéraire puis la fac en histoire et lettres modernes). Depuis 1998, je travaille dans le domaine de l’emploi. J’ai toujours été attiré par les livres : enfant, je n’avais ni frère et sœur ni cousins, et pas de télévision : les livres étaient pour moi synonyme d’évasion. Mon moment préféré de la journée était celui où je me mettais au lit avec un roman ! J’ai adoré très jeune les textes historiques (notamment Dumas, que j’ai lu et relu des dizaines de fois). Très tôt aussi m’est venu le virus de l’écriture : je trouvais merveilleux l’idée de pouvoir « rendre » le plaisir que j’avais pris à lire. J’ai proposé mes premiers romans à des maisons d’éditions à partir de 20 ans, et en 2003 j’ai eu la chance d’être publié pour la première fois (l’attente a donc été un peu longue : dix ans quand même !).

Mes Premières Lectures : Vous venez de sortir Le Trésor de Sunthy chez Lucca éditions. Pouvez-vous nous présenter ce roman ainsi que sa genèse ? C’est votre première incursion en jeunesse il me semble ?

Illustration de couverture : Cédric Abt

Arnaud Friedmann : Oui jusque là j’avais toujours écrit « pour les adultes », des romans qui mettaient en scène la famille, la filiation… et plus récemment un recueil de nouvelles sur le monde du travail. C’est grâce à une amie publiée chez Lucca, Delphine Gosset, que j’ai découvert cette maison : j’ai tout de suite pensé que ce serait une bonne idée d’utiliser les connaissances que j’avais acquises sur l’immigration pendant ma maîtrise d’histoire (et plus spécifiquement l’immigration cambodgienne dans le Doubs) pour en faire un roman pédagogique.

Mes Premières Lectures : Ce roman est donc en partie inspiré par votre mémoire d’Histoire contemporaine qui portait sur l’histoire de l’immigration cambodgienne dans le Doubs. Comment avez-vous choisi ce sujet ? Est-ce important pour vous aujourd’hui de parler d’immigration et de l’importance de l’histoire et du travail de l’historien ?

Arnaud Friedmann : L’année 1995, au cours de laquelle j’ai travaillé sur mon mémoire d’histoire contemporaine, a été très importante pour moi. Un prêtre bisontin s’était énormément mobilisé dans les années 1970 et 1980 pour faire venir des réfugiés du Sud Est asiatique dans notre région : il avait conservé toute une documentation importante sur les différentes situations des réfugiés, la structuration de leur accueil, et il voulait qu’un étudiant s’y intéresse. Quand mon professeur, Mme Janine Ponty, a proposé le sujet, j’ai tout de suite été emballé. J’ai découvert que dans ma propre ville vivaient des personnes qui avaient subi des drames terribles, contemporains de mes 20 premières années de vie. Je connaissais bien sûr l’histoire des boat-people, mais sans avoir pris conscience de l’ampleur de la tragédie vécue par des millions de mes contemporains. Les entretiens que j’ai eus avec plusieurs réfugiés m’ont bouleversé – et en même temps je devais garder une distance par rapport aux personnes, car je faisais un travail d’historien.

Dans Le Trésor de Sunthy, je rends aussi hommage au grands maîtres de l’histoire que j’ai découverts à cette époque de ma vie (et j’espère transmettre ma passion pour cette matière).

Mes Premières Lectures : Comment avez-vous conçu et travaillé le roman ? Les personnages se sont-ils imposés d’eux-mêmes ?

Arnaud Friedmann : Un des récits que j’ai recueillis en 1995 m’avait particulièrement touché. Je m’en suis en partie inspiré de pour créer la figure du grand-père : pour autant, mon roman reste complètement une fiction (la personne qui m’avait fait ce récit était une femme sans enfant). Dès le départ, mon idée était de faire entendre la voix d’une adolescente de la troisième génération – parce que pour schématiser grossièrement, le rapport des immigrés au pays d’accueil fonctionne souvent sur le même principe : la première génération émigre pour des raisons économiques ou politiques, la seconde cherche souvent à s’intégrer (voire à s’assimiler) en oubliant ses racines, et c’est la troisième génération qui effectue une sorte de retour aux sources. Je me souviens de plusieurs anciens qui déploraient le manque d’intérêt de leurs enfants pour la culture cambodgienne, et d’un jeune de mon âge qui me disait à quel point les soirées traditionnelles l’ennuyaient : je m’en suis un peu inspiré pour la figure du père de Garance.

Du rough à la couverture définitive – Cédric Abt

Mes Premières Lectures : Quels sont les premiers retours sur ce titre ? Avez-vous pu le « tester » sur de jeunes lecteurs autour de vous ?

Arnaud Friedmann : J’ai testé le livre… sur mes filles ! J’étais très anxieux de leur retour car c’était la première fois qu’elles lisaient un de mes textes… et je m’étais aussi inspiré d’elles pour le personnage de l’adolescente. Leur réaction m’a rassuré. C’est toujours un peu l’inconnu de changer de registre. Pour l’instant, depuis un peu plus d’un mois que le livre est sorti, je n’ai que des retours positifs, y compris de la part d’adultes !

Mes Premières Lectures : Vous parlez également de musique cambodgienne, vous avez des titres ou des groupes à nous conseiller ?

Arnaud Friedmann : Je décris dans le roman une scène chez le dentiste où Garance arrache la page d’un magazine qui parle d’une star cambodgienne : en réalité, c’est une scène que je n’ai pas inventée, qui m’est arrivée à moi. J’étais en train de terminer l’écriture du roman, et lors d’un rendez vous chez le dentiste, je suis tombé sur un article qui parlait de la mort d’une super star au Cambodge (dont je n’avais jamais entendu parler) : Kak Channthy. Comme je n’avais pas eu le temps de le terminer, je suis retourné dans la salle d’attente et j’ai déchiré la page ! J’ai écouté la musique de The Cambodian Space Project, ainsi que le rock khmer des années 1960… Mais on ne peut pas dire que je sois devenu totalement fan de cette musique ! En revanche, j’étais très content de pouvoir intégrer au roman la scène où Garance découvre à son tour la musique cambodgienne.

Mes Premières Lectures : Quels sont vos prochains projets littéraires ?

Arnaud Friedmann : J’ai le projet d’écrire cet été sur l’hôtel où j’ai passé toutes mes vacances depuis ma naissance, en Italie, et qui va être détruit cet hiver. Et j’aimerais bien refaire un livre pour la jeunesse !

Mes Premières Lectures : Où pourra-t-on vous retrouver en dédicace prochainement ?

Arnaud Friedmann : Je serai à Vesoul le samedi 6 juillet, puis à la librairie La géosphère à Montpellier le 20 juillet, avant les salons de l’été : Livres en Boucle à Besançon, Livres en Vignes (au clos Vougeot !), le Festival de Géographie à St Dié, et sans doute le salon de Colmar en novembre.


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