Rencontre avec Cécile Duquenne & Étienne Barillier pour parler steampunk !

Rencontre steampunk au sommet autour du roman Les Brigades du Steam publié aux éditions ActuSF !

Elle l’avait apprise parce qu’il s’agissait de la base de son travail, parce que c’était ça, assimiler ce qu’était Aix, ce que la ville montrait et aussi ce qu’elle cachait, ses beautés et ses laideurs secrètes.

Extrait du roman Les Brigades du Steam de Cécile Duquenne et Étienne Barillier

Mes Premières Lectures : Bonjour Cécile et Étienne et merci de prendre le clavier sur le site ! Pour commencer, pourriez-vous vous présenter ainsi que votre parcours pour nos lecteurs ?

Cécile Duquenne : Bonjour, et merci pour cette invitation ! Pour ma part, je m’appelle Cécile Duquenne, et je suis autrice de science-fiction, fantasy et fantastique pour la jeunesse et les adultes depuis 2009. J’ai commencé à écrire avec la fanfiction et plus précisément de la Potterfiction, quand j’avais 13-14 ans. Aujourd’hui, après d’interminables études qui m’ont beaucoup apporté sur un plan intellectuel mais aussi beaucoup pris sur un plan créatif, et avec un doctorat de littérature comparée en poche, plus de 10 ans après le bac, je peux enfin dire que je ne suis plus étudiante ! Je ne suis pourtant pas restée inactive, puisque j’ai écrit plus d’une vingtaine d’ouvrages au fil des ans, publiés chez Bragelonne, Voy’el, ActuSF, Rouge Safran et le Petit Caveau notamment. On pourra même bientôt me retrouver sur l’application de lecture de séries littéraires Rocambole. On me « catalogue » souvent autrice steampunk, mais la vérité, c’est que je n’écris pas que ça… j’aime tout ce qui est hybride, et en cela, le steampunk permet une hybridité absolue qui me séduit beaucoup ! Et puis c’est grâce au steampunk que j’ai rencontré Étienne à un salon du livre… une amitié qui a changé ma vie !

Étienne Barillier : Je suis enseignant. J’ai commencé en 2006 à écrire des essais. Mon premier a été consacré à Fantômas ! J’ai principalement travaillé sur les genres populaires comme la science-fiction (notamment sur Philip K. Dick) et le steampunk auquel j’ai consacré pas moins de trois livres depuis 2010. Mais petit à petit l’appel de la fiction s’est fait sentir. La bascule s’est faite avec La France steampunk, en 2015, un roman illustré de photos de vaporistes (c’est ainsi que l’on nomme les amateurs de steampunk) publié chez Mnémos. Je suis également membre du Prix ActuSF de l’Uchronie, qui couronne annuellement les meilleures œuvres uchroniques.

Les auteurs aux Utopiales !

Mes Premières Lectures : Votre roman Les Brigades du Steam est sorti en octobre 2019 aux éditions ActuSF. Quelle est sa genèse ? Comment l’idée de ce roman et de cette écriture à 4 mains est-elle venue ?

Cécile Duquenne : Tout est de la faute d’Étienne. C’est lui qui a eu l’idée originale d’écrire un roman steampunk sur les Brigades du Tigre, et de le faire à quatre mains. J’ai eu la chance incroyable qu’il me propose de participer, et c’est sans hésiter une seule seconde que j’ai accepté !

Étienne Barillier : J’avais cette idée de faire les Brigades du Tigre steampunk. Je ne parle pas de l’ancienne série TV des Brigades du Tigre, mais de cette police nouvelle qui avait été fondée au début du XXème siècle, une police moderne qui devait lutter avec les truands de l’époque.

J’avais rencontré Cécile à Lambesc, en 2015, je crois, et je ne voyais qu’elle pour mener à bien ce projet. Le lendemain de mon anniversaire, je lui écrivais en proposant le projet : un roman écrit à quatre mains, les Brigades mobiles de Clemenceau, un duo qui ne soit pas lié par une romance, un personnage principal féminin. Elle a immédiatement accepté et à partir de là nous avons pris notre temps.

Mes Premières Lectures : Comment s’est passée la rédaction de ce roman ? Comment fonctionnez-vous ? Recherches, synopsis détaillé, alternance de chapitres ?

Cécile Duquenne : Deux cerveaux et quatre mains, ça demande pas mal de coordination pour travailler sur le même objet littéraire non identifié. On a donc procédé de manière très architecte, parce que c’est notre façon de bosser, déjà, et ensuite parce que nous n’avions pas de place pour l’improvisation si nous désirions réussir à mener à bien ce projet dantesque. Écrire un roman à deux, c’est déjà compliqué, alors le réécrire… je vous laisse imaginer !

On a donc bossé à fond sur le synopsis : on a carrément un document, très long, avec un découpage par chapitre des événements, voire scène par scène. Avant cela, on commence par une vague liste d’idées, qu’on laisse mijoter quelques mois… on discute beaucoup. La communication, c’est la clef. On doit tous les deux comprendre la même chose pour éviter les erreurs.

Une fois le synopsis écrit, on se répartit l’écriture des chapitres. C’est pas forcément alterné, ça dépend surtout de nos forces respectives, en fait, et de ce qu’on a envie d’écrire : Étienne est très historien, érudit et sait magnifier les personnages comme personne ; moi je suis plus bim-bam-boum, dans l’action, et j’adore rendre le texte d’une fluidité vivante, presque visuelle malgré la barrière de l’écrit.

Évidemment, après, chacun relit et corrige voire réécrit des passages écrits par l’autre… de cette manière, ça nous ressemble à tous les deux ! On le fait toujours dans le respect de l’œuvre et de l’autre.

Étienne Barillier : Nous avons le même fonctionnement et je crois que c’est essentiel pour travailler à deux : nous commençons par poser ensemble le cadre du roman puis nous construisons le découpage des chapitres. Les choses avancent rapidement alors. Quand le découpage est fini, nous passons au synopsis, qui est un vaste condensé du roman et des intentions que nous avons pour chaque chapitre. Mais rien n’est parfaitement figé. Tout peut encore évoluer lors de l’écriture !

Nous nous répartissons le travail équitablement (Cécile y veille !). Et nous nous partageons les fichiers par le Cloud. Dès que nous nous rendons nos pages, nous commençons un autre travail, de relecture et de correction. Nous nous entendons assez pour prendre le texte de l’autre et le corriger comme s’il était le sien ! Notre fonctionnement est très harmonieux.

Cécile est très forte pour les scènes d’action, avec une écriture très dynamique. Je suis plus lent avec souvent le besoin de reprendre mes phrases. Nous nous complétons bien ! Le plaisir de travailler avec elle est de la surprendre !

Mes Premières Lectures : Pouvez-vous nous parler de ce roman et surtout des deux protagonistes principaux Solange Chardon de Tonnerre et Auguste Genovesi ?

Cécile Duquenne : Le nom de famille de Solange vous dira tout ce qu’il y a à savoir : elle pique et elle tonne, et c’est pas pour la déconne ! Ancienne espionne au service des renseignements français, elle a tout vu, tout vécu, et c’est compliqué de l’approcher sans la rendre méfiante. Auguste, lui, est fils d’ouvrier italien dans la France du début du 20e siècle, donc il ne vient pas du tout du même milieu social et il a des rêves de grandeur plein la tête. Il est jeune et un peu naïf ; elle est plus âgée et très endurcie par la vie. Leurs différences vont faire leur force et sceller leur rapprochement.

Oh, et surtout : il n’y a pas de romance. Pas même un soupçon de romance entre eux. C’est une best buddies story, une histoire d’amitié en formation puis en marche, et c’est LE PIED à écrire !

Étienne Barillier : c’est un duo, une équipe. Chacun a ses qualités et ses défauts. Chacun a son histoire, inscrite dans celle de la France. Ils ne sont pas vraiment les personnages que l’on pourrait attendre dans un roman d’aventure.

Mes Premières Lectures : Vous êtes tous les deux des spécialistes et amateurs de steampunk. Pourquoi ce choix du steampunk pour ce récit ? Des influences particulières ? Y-a-t-il des écueils ou des clichés du genre que vous avez souhaité éviter ?

Cécile Duquenne : Cf. réponse précédente : c’est la faute d’Étienne, ahah !
Je n’ai personnellement pas d’influence du genre à spécifier… parce que justement, le genre, en ce moment, commence à être très, très répétitif… à force de se constituer, il n’en finit plus de tourner sur lui-même. Son côté méta, qui est sa force, devient peu à peu sa faiblesse – en tout cas à mes yeux.

Avec Étienne, et nos Brigades, nous avons l’ambition pas tout à fait humble de participer à changer un peu le paysage francophone en ce sens. On en a marre des vieux clichés, en tout cas de la manière dont ils sont tout le temps exploités dans le steampunk actuel. L’apparition de Jules Verne et des éternels et mêmes personnages historiques dans les romans steampunk, ça commence à bien faire… enfin, le souci, ce n’est pas qu’ils apparaissent, mais c’est que la manière dont ils font leur apparition est toujours identique et devient presque attendue. Un peu comme les dragons, les elfes et les nains sont devenus un trope usé de la fantasy, le steampunk est en train d’user certains clichés qui nous paraissaient originaux voilà encore 5-6 ans en France.

Trois des clichés qui nous énervaient, c’était le fait que 1/ le steampunk se déroule toujours soit à Londres, soit à Paris ; 2/ au 19e siècle ; et 3/ que la technologie soit installée depuis longtemps dans l’univers du roman, et acceptée, et qu’on n’en exploite que les conséquences… et jamais les conditions d’émergence !

Avec Les Brigades du Steam, on a pris le contrepied de tout ça : on est au 20e siècle, en province, et… aux balbutiements de l’univers steampunk !

Étienne Barillier : Cécile a tout dit ! Nous voulions vraiment casser les stéréotypes — ou les utiliser en toute conscience. Le simple fait de placer l’action dans le sud de France entraîne déjà un exotisme steampunk parfaitement réjouissant à écrire ! Ne pas avoir de robots géants ou de machines monstrueuses aussi ! Notre steampunk est du quotidien… ce qui le rend parfois bien plus surprenant.

Mes Premières Lectures : S’il ne fallait garder qu’un ou deux titres (vaste question je sais !) steampunk selon vous, lesquels seraient-ils ?

Cécile Duquenne : Les mystères de Larispem, de Lucie Pierrat-Pajot, et Le Château des étoiles, d’Alex Alice.

Étienne Barillier : La Lune seule le sait de Johan Heliot ou encore Le Voyage extraordinaire de Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni.

Mes Premières Lectures : Quels sont vos projets actuels ? Et pourra-t-on retrouver les Brigades du Steam prochainement dans de nouvelles aventures ?

Cécile Duquenne : En ce moment, on bosse dur sur le tome 2 des Brigades du Steam ! Le synopsis est fait, la répartition des chapitres aussi… y a plus qu’à écrire !

En parallèle, je travaille sur la finalisation de plusieurs séries littéraires entamées avant la publication du tome 1 des Brigades : Purespace saison 2, aux éditions du Petit Caveau, et les Nécrophiles Anonymes, chez Bragelonne/Voy’el (du vampirique dans les deux cas, mais avec de la SF pour Purespace et du symbolisme pour les Nécrophiles).

J’ai aussi commis une série de SF post-apo nucléaire pour Rocambole, l’application de lecture numérique : ça s’appelle Les Évaporées, et ça parle d’une ado qui sort d’un Bunker pour la première fois de sa vie… et qui découvre un monde contaminé par le nucléaire.

Le pitch de la série Les Évaporées sur la chaîne De quoi ça parle ?

Étienne Barillier : Le tome 2 nous occupe bien. Nous en sommes à l’écriture. L’action se déroule deux ans après le premier volume. Beaucoup de choses ont changé… et nos protagonistes vont connaître bien de nouvelles aventures !

D’autres projets se dessinent aussi. Il faut leur laisser le temps de mûrir.

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